Créer un tableau Excel pour suivre ses investissements, c’est souvent la première chose que l’on fait après avoir passé ses premiers ordres. C’est une bonne impulsion. Mais entre un tableau qui rassure et un tableau qui sert vraiment à piloter un portefeuille, il y a une vraie différence — et elle tient souvent aux colonnes qu’on a choisies (ou oubliées) dès le départ.
Ce guide vous explique précisément quelles informations doivent figurer dans un tableau de suivi efficace, comment calculer correctement un prix de revient moyen avec un exemple chiffré, et comment distinguer vos versements de vos véritables gains. Vous trouverez aussi une structure prête à reproduire et une checklist pour vérifier que votre tableau contient l’essentiel.
Les colonnes incontournables d’un tableau de suivi boursier
Un tableau de suivi utile répond à des questions simples : qu’ai-je acheté, à quel prix, pour quel montant, et où en suis-je aujourd’hui ? Voici les colonnes à prévoir, dans un ordre logique.
1. Date de l’opération
La date permet de reconstituer l’historique de vos décisions. Elle est indispensable pour calculer la durée de détention, identifier les erreurs récurrentes et relire votre progression dans le temps.
2. Nom de l’entreprise et ticker
Indiquez les deux : le nom complet (ex. : TotalEnergies) et le ticker boursier (ex. : TTE). Le ticker évite toute ambiguïté, surtout si vous suivez plusieurs marchés ou des entreprises au nom similaire. Vous pouvez aussi ajouter l’ISIN si vous souhaitez une identification encore plus précise.
3. Quantité achetée ou vendue
Chaque opération doit indiquer le nombre de titres concernés. Une colonne « sens » (achat / vente) permet de distinguer clairement les deux types d’opérations.
4. Prix d’achat moyen
C’est la colonne qui pose le plus de problèmes. Le prix d’achat d’une ligne évolue à chaque renforcement. Il faut donc calculer un prix de revient moyen pondéré (PRU), et non simplement faire la moyenne des prix d’achat.
5. Montant investi
Le montant total engagé sur chaque ligne, frais inclus. Cette colonne est essentielle pour calculer correctement la plus-value et le poids de chaque position dans votre portefeuille.
6. Frais de courtage
Trop souvent oubliés, les frais grignotent la performance réelle. Une ligne sans frais donne une image flatteuse. Prévoyez une colonne dédiée et intégrez ces frais dans le calcul du prix de revient.
7. Dividendes reçus
Si vous investissez dans des actions versant des dividendes, cette colonne permet de calculer le rendement total d’une position, pas uniquement la plus-value en capital.
8. Valeur actuelle
Le cours observé multiplié par la quantité détenue. Cette colonne doit être mise à jour régulièrement — idéalement à chaque revue hebdomadaire ou mensuelle. Dans Excel, vous pouvez récupérer les cours via des formules liées à des flux de données ou les saisir manuellement.
9. Plus-value latente
La différence entre la valeur actuelle et le montant investi. Elle est dite « latente » tant que la position est ouverte : elle peut augmenter, diminuer ou disparaître. N’y voyez pas un gain acquis.
10. Gains réalisés
Cette colonne ne se remplit que lors d’une cession. Elle enregistre le résultat définitif, frais et dividendes déduits. La séparation entre gains latents et gains réalisés est l’une des distinctions les plus importantes à maintenir dans votre tableau.
11. Poids de chaque position
Le pourcentage que représente chaque ligne par rapport à la valeur totale du portefeuille. Cette colonne aide à identifier les concentrations excessives et à piloter les rééquilibrages.
12. Notes et raisons de la décision
La colonne la plus sous-estimée. Pourquoi avez-vous acheté cette action ? Quel était votre horizon ? Quel événement vous ferait sortir ? Une note courte mais datée vaut bien plus qu’une capture d’écran dans six mois. Pour aller plus loin sur la structuration de ces informations et éviter les erreurs fréquentes, consultez ce guide complet sur comment suivre ses actions en bourse.
Comment calculer le prix de revient moyen : exemple chiffré
Le calcul du prix de revient moyen pondéré (PRU) est simple, mais il faut l’appliquer rigoureusement à chaque renforcement.
Exemple : trois achats sur la même action
| Date | Quantité | Prix unitaire | Frais | Montant total |
|---|---|---|---|---|
| 03/01/2024 | 10 actions | 50 € | 2 € | 502 € |
| 15/03/2024 | 5 actions | 60 € | 1,50 € | 301,50 € |
| 02/06/2024 | 8 actions | 45 € | 2 € | 362 € |
| Total | 23 actions | — | 5,50 € | 1 165,50 € |
PRU = Montant total investi ÷ Nombre total d’actions
PRU = 1 165,50 € ÷ 23 = 50,67 €
Si l’action vaut aujourd’hui 55 €, la valeur actuelle de la position est de 23 × 55 = 1 265 €.
La plus-value latente est de 1 265 − 1 165,50 = 99,50 €, soit environ +8,5 %.
Ce calcul change à chaque achat supplémentaire. Dans Excel, vous pouvez automatiser ce calcul avec une formule du type =SOMME(montants)/SOMME(quantités), en faisant référence à toutes les lignes d’achat d’une même action.
Comment distinguer les nouveaux versements des véritables gains
C’est une confusion très répandue, et elle fausse complètement la lecture de la performance.
Supposons que votre portefeuille valait 10 000 € en janvier, que vous avez versé 2 000 € supplémentaires en avril, et qu’il vaut 13 500 € en décembre. La progression apparente est de +3 500 €. Mais vos vrais gains de marché ne sont que 1 500 € — les 2 000 € restants sont simplement de l’argent que vous avez apporté vous-même.
Pour éviter cette confusion, prévoyez deux colonnes ou un onglet séparé :
- Capital versé cumulé : la somme de tous vos apports depuis le début.
- Performance nette : valeur totale du portefeuille − capital versé cumulé.
Cette distinction est particulièrement importante si vous évaluez votre méthode sur plusieurs années.
Les avantages d’Excel pour suivre son portefeuille
Excel reste un outil très puissant pour cet usage, à condition de l’utiliser avec rigueur.
- Flexibilité totale : vous construisez exactement le tableau dont vous avez besoin, avec les colonnes qui correspondent à votre manière d’investir.
- Personnalisation : formules conditionnelles, mises en forme, graphiques d’évolution du capital — tout est possible.
- Maîtrise des données : vos données restent chez vous. Pas de synchronisation avec un courtier tiers, pas de dépendance à un service externe.
- Coût nul : Excel ou Google Sheets sont accessibles à tous, sans abonnement.
Les limites à ne pas ignorer
Excel est flexible, mais cette flexibilité a un prix.
- Formules fragiles : une cellule mal référencée ou un copier-coller maladroit peut fausser tout le calcul du PRU sans que vous vous en rendiez compte.
- Saisies incohérentes : si vous notez parfois « TTE », parfois « TotalEnergies » et parfois « Total », vos formules de consolidation ne fonctionneront plus.
- Historique difficile à maintenir : au bout de deux ans d’opérations, retrouver un achat précis dans un historique de 200 lignes devient fastidieux.
- Multiplication des onglets : un onglet par année, un onglet par type d’actif, un onglet de synthèse — le fichier devient vite difficile à maintenir.
Ces limites ne remettent pas en cause l’intérêt d’Excel, mais elles justifient d’adopter une structure rigoureuse dès le départ.
Modèle de structure prêt à reproduire
Voici une structure simple que vous pouvez reproduire dans un nouveau fichier Excel ou Google Sheets :
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| A – Date | Date de l’opération (JJ/MM/AAAA) |
| B – Sens | Achat / Vente |
| C – Nom | Nom de l’entreprise |
| D – Ticker | Symbole boursier |
| E – Quantité | Nombre de titres |
| F – Prix unitaire | Prix à l’achat ou à la vente |
| G – Frais | Frais de courtage |
| H – Montant investi | = E × F + G |
| I – PRU | Prix de revient moyen pondéré |
| J – Cours actuel | À mettre à jour régulièrement |
| K – Valeur actuelle | = E × J |
| L – +/- value latente | = K − H |
| M – Gains réalisés | À remplir uniquement après cession |
| N – Dividendes reçus | Cumulatif par ligne |
| O – Poids (%) | = K / valeur totale du portefeuille |
| P – Notes | Thèse, contexte, prochain événement |
Mon tableau contient-il toutes les données utiles ?
Avant d’utiliser votre tableau, vérifiez chaque point de cette checklist :
- Chaque opération a une date précise
- Le nom et le ticker sont saisis de façon uniforme
- Les frais sont inclus dans le montant investi
- Le PRU est recalculé à chaque renforcement
- La plus-value latente et les gains réalisés sont dans des colonnes séparées
- Les dividendes reçus sont enregistrés ligne par ligne
- Le poids de chaque position est calculé automatiquement
- Les versements de capital sont distingués des gains de marché
- Chaque ligne comporte au moins une note sur la raison de la décision
- Le tableau est relu et mis à jour au moins une fois par mois





